ELIANECHIRON.COM

Eaux troubles 2008, installation de 6 panneaux, 200 x 450 cm, impressions à jet d'encre sur toile polyester. (Colloque International du 19 au 22 Mai 2008, Ecole des Arts Visuels, Université Laval, Québec, Canada).

conférence 1ière Partie

conférence 2ième Partie

L'œuvre à faire comme anamnèse : croisements de transparence et d'opacité

Il sera question de mes images numériques monumentales. Au départ, je  photographie des plages, sans visée particulière.

Je fais faire des tirages sur papier standard. Cette opacité tactile  est nécessaire. Des deux mains, je rapproche deux photos, au hasard, jusqu'à l'apparition d'une vue qui semble réelle. Par exemple, du contact de deux rivages opposés de l'Atlantique, transparaît un paysage  qui pourrait exister, qui se donne à lire : c'est-à-dire à reconnaître.  Il s'agit alors d'opacifier cette transparence, de transmuter tout  signe trop lisible.

Le travail à l'ordinateur a lieu longtemps après, ajoutant sa vitesse  inhumaine au temps de vie de l'image. Mais ce que veut l'image fait  violence au logiciel, à ses programmes, à ses règles. La technique  n'impose jamais sa loi. L'image finale surgit comme imago, aboutissement de ses métamorphoses.

Alors je me perds dans l'image. Je veux qu'on ne sache plus regarder ni ce que voir veut dire. Faire œuvre dépasse ce que Lyotard nomme le  frayage des habitudes et le balayage de la remémoration, elle ouvre un passage dans l'attente de l'œuvre toujours à faire, de cet appel que Souriau nomme « l'ange de l'œuvre».

Faire aurait le sens de façonnage d'une matière qui nous serait donnée et fiction de mondes possibles. Il faudrait faire œuvre avec ce que Proust nomme « la substance transparente de nos minutes les meilleures, où nous sommes hors de la réalité et du présent ». En faisant œuvre, en séparant la main et l'esprit, aurait lieu l'anamnèse qui, après-coup, les unifie.